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INSECURITE DANS LA PROVINCE DU SUD-KIVU
juin 14, 2018
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Dresser un portrait de la situation sécuritaire de la province est se prêter à un exercice et pas le moindre. Cette partie de la Republique Democratique du Congo (RDC), au contexte très particulier, fait face à un problème d’intérêt général.
Aux yeux des bailleurs, la réforme du secteur de la sécurité est un élément clé de la stabilisation de la République démocratique du Congo. Ce chantier est cependant caractérisé par sa lenteur et son manque de cohérence. En cause une situation adverse dénuement socio-économique généralisé, troubles à l’Est, absence de tradition démocratique , mais aussi et peut-être davantage le volontarisme et l’absence de coordination des intervenants .

Les conflits en RDC et leurs conséquences restent une source de préoccupation majeure, dans la mesure où ils constituent un défi multidimensionnel au développement écono¬mique et humain dans le pays et la région. Il est nécessaire de se pencher sur la question au plus haut niveau, tant au plan régional que mondial, et d’appuyer le Gouvernement de la RDC dans sa recherche d’une solution aux conflits et dans ses efforts pour remettre le pays sur la voie du développement durable .

Les civils continuent d’être gravement touchés par les activités que ne cessent de mener des groupes armés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, l’Ituri et le Haut- Uélé, ce qui se traduit par la poursuite des opérations des forces armées congolaises et de la MONUSCO. Malgré la pression militaire, les Forces démocratiques alliées (ADF), les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et la Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI) ont réussi à conserver la capacité de mener des activités déstabilisatrices.

La conséquence fondamentale de cet échec est simple. La population congolaise continue de souffrir, directement et indirectement, aux mains d’hommes armés. D’après les estimations, les personnes déplacées internes en RDC seraient au nombre de 1,7 million, la plupart d’entre elles dans les provinces de l’est du pays affectées par le conflit, fuyant par peur de devenir victimes d’un large éventail de groupes armés – Armée de résistance du Seigneur (LRA ) au nord-est, groupes Maï-Maï, bandits et rebelles du Front démocratique pour la libération du Rwanda (FDLR) plus au sud – et à la merci de la malnutrition, de maladies et d’une crainte omniprésente. Près d’un demi-million de personnes sont réfugiées à l’extérieur du pays.
L’UNICEF estime que des milliers d’enfants assurent encore diverses fonctions au sein de groupes armés en RDC, y compris dans l’armée congolaise .

Dans le Nord-Kivu, 42 personnes ont été tuées entre le 24 et le 31 décembre 2016 dans une série d’attaques qui auraient été commises par les ADF, ou des groupes qui leur sont affiliés, autour d’Eringeti, dans le territoire de Beni. Des affrontements entre les FDLR et le Conseil national pour le renouveau et la démocratie-Ubwiyunge (CNRD), un groupe dissident, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les groupes maï -maï ont causé d’importants déplacements de population. Les conflits intercommunautaires, en particulier entre les communautés hutues et Nande, se sont intensifiés au cours de la période considérée.
Dans le Sud-Kivu, des mouvements de groupes armés ont été signalés, en particulier dans les territoires de walungu, Kalehe, Fizi, de Shabunda et d’Uvira. D’importants mouvements des FDLR ont également été signalés dans le territoire de Mwenga. Dans les plaines de Ruzizi, les FARDC ont bloqué des mouvements transfrontaliers d’éléments armés burundais qui tentaient de pénétrer dans le territoire d’Uvira; des éléments des Forces nationales de libération (FNL) ont été tués au cours d’une opération. La MONUSCO a également mené des opérations avec les FARDC, ciblant les camps des FNL situés autour de Sange, dans le territoire d’Uvira, afin de restreindre leur liberté de mouvement et leur accès aux ressources ; à kalehe et walungu, quelques groupes dissidents de Raiya Mutomboki et autres milices y persistent toujours.
A walungu, particulièrement, La MONUSCO a désarmé, démobilisé et réinséré un bon nombre des rebelles qui œuvraient dans groupe des maï-maï .

Il y’a 70 jours, Afrique la libre à son tour rapportait que 37 personnes ont été tués dans la province du Sud-Kivu.

A Bukavu, par exemple, des actes de braquage, qui se soldent par des pertes en vies humaines, sont commis en pleine journée. Ces opérations sont montées par des personnes (bien outillées et bien formées) non autrement identifiées qui sèment la terreur et installent une psychose dans la ville plongée dans un contexte socio-politique global sous tensions pré-électorales.

L’analyse de la situation sécuritaire dans cette partie du Pays exige des apports multiples et spécifiques.
La sécurité fait partie des services sociaux de base et est garantie par la Police et l’armée. S’interroger sur l’organisation de ces organes de l’Etat construirait la compréhension de la problématique actuelle au Sud-Kivu.

Du recrutement, passant par les services offerts, des faiblesses s’observent dans l’opérationnalisation de ces différentes phases. De ce constat, découle une conséquence inévitable à la police qui ne parvient pas à protéger tous les citoyens et leurs biens.
Il faudra placer un bémol sur ces précédentes lignes car, au-delà de l’incapacité du service de la police à protéger sa population, celui-ci fait partie des gens qui déstabilisent cette même population, créant des désordres pour en profiter et taxer des infractions erronées.

Mal sélectionnée, réalisant aussi son travail de manière inefficace, cette police et cette armée font face, à l’interne, à des problèmes de motivation et sont sous équipées.

La sécurité appelle à la fois analyse approfondie et les apports d’autres secteurs pour tenter de trouver les mesures à appliquer dans l’idée de la pérennité. Par exemple, les acteurs internationaux comme la MONUSCO, devrait plus appuyer le pays pour trouver des solutions à long terme!

N’est-il pas opportun, à l’heure, de repenser les stratégies de recrutement de la Police et de l’armée?, Qu’en est-il de la redevabilité de ces deux organes? Ces questions demeurent sans réponses. Quel serait la place de jeunes et de la population dans la restauration d’un cadre de vie pacifique? Évaluerons-nous les avancées mises en route par la police de proximité? Comprendre ses missions? Parlerons-nous d’un échec au regard des résultats sur terrain loin quand on compte le nombre de ceux qui se font arrêter arbitrairement? Que disent les médias, locaux et internationaux?

A toutes ces questions se joignent d’autres encore d’ordre économique et social. La province du Sud Kivu reste fragilisée par une économie informelle ce qui justifie le faible pouvoir d’achat du citoyen lambda. Cela n’est pas sans conséquence sur son épargne et son investissement.

Loin de lui apporter secours, les autorités, à travers le gouvernement, n’offre pas de cadre de référence et d’accompagnement. On constatera alors que les quartiers ne sont éclairés, mal lotis et surtout anarchiquement construits, ce qui favorise la naissance des poches d’insécurité au sein de la ville et à l’intérieur de la province.

Dynamique au sein de la société civile, il revient de poser très clairement ces questions, qui liées d’ailleurs, ont leur place et méritent d’avoir des réponses et les vraies.
L’apport à une majorité de la jeunesse désœuvrée, ne passerait-elle pas par une sensibilisation et un accompagnement dans l’apprentissage des métiers?

Dans telle situation, on n’imagine pas les exactions de droits de l’homme et des violations faites à la femme. S’en suivrait également les questions de sécurité alimentaire, l’hygiène et l’assainissement, dépendante de la sécurité totale.

La société civile de la province du Sud-Kivu se doit de trouver les meilleures voies afin de garantir sa concorde intérieure et surtout celle de la population et leurs biens. Cela implique inévitablement une prise de conscience individuelle et collective car non seulement la vie humaine est menacée également, on projetait une déstabilisation systématique des grands-lacs si rien n’est fait.
Au-delà ce décrit et disserté ci-dessus, la synergie d’initiatives pour les grands lacs, SYNIGL en sigles au travers ses départements, spécifiquement celui des droits humains et de développement communautaire ne reste pas silencieux et dénonce à voix vive tous les massacres qui ne cessent de se perpétrer dans cette partie du pays. Elle demande aux autorités politico-administratives de bien exercer leurs rôles et de garantir protection et sécurité totale à sa population, mais aussi et surtout d’élaborer un plan de sécurité pertinent qui doit reposer en premier lieu sur un recensement aussi précis que possible de la population au Sud-Kivu, dans la ville de Bukavu plus particulièrement et cela suppose que l’on devrait, entre autre :
– Se faire enregistrer,
– signaler un changement d’adresse ou de composition de famille,
– faire connaître ses coordonnées téléphoniques, sont autant d’actes simples qui peuvent permettre, en cas de situation difficile, de réagir mieux et plus vite.
En outre :
– Il faudra songer à L’amélioration des conditions de vie et de travail aussi bien des soldats que des policiers. Celle-ci constitue un préalable si l’on veut avoir des forces de sécurité efficaces et disciplinées. Aujourd’hui, un soldat ou un policier congolais gagne un salaire dérisoire par mois et souvent il ne les reçoit pas. D’une façon générale, il y a un manque d’organisation, de gestion, de nourriture, de moyens de transport et d’équipement adéquat, même pour certaines brigades brassées. Certaines désertions dans les centres de brassage sont liées aux conditions précaires qui y règnent. Dès lors, la mobilisation des ressources et surtout la lutte contre la corruption pour améliorer les conditions de travail des forces de sécurité est un défi pour tous les acteurs du processus de paix en RDC.
– Adopter une approche globale du secteur de la sécurité. Compte tenu des priorités de la transition politique, la réforme du secteur de sécurité privilégie les questions de l’armée et de la police. Or, la sécurité possède plusieurs dimensions qui sont en réalité interdépendantes. C’est pourquoi il est également nécessaire de mettre l’accent sur les secteurs de la justice, des douanes, du système carcéral et de la bonne gestion des affaires publiques en général. Autrement dit, pour réussir à long terme, la réforme du secteur de la sécurité implique le rétablissement de l’État, avec les capacités d’assurer ses missions régaliennes.

®David MULUME et Didier MUGALIHYA, 2018.

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