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De l’injustice et de la marginalisation à la haine, de la haine et la guerre!
mai 13, 2019
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1.Le conflit Pygmées – ICCN – Bantous : un accident de l’histoire au Sud-Kivu 

C’était injuste lorsque en 1970 un décret du Président Mobutu avait décidé d’attribuer sans indemnités ni aucune autre considération plus 70.000 hectares des terres jadis occupées par le Pygmées au Parc National de Kahuzi Biega(PNKB)…

C’est encore et toujours discriminatoire la pensée que ce peuple constitue une communauté des personnes qui ne valent rien, d’individus rabougris, à l’intelligence et  à la conduite bestiales de telle sorte qu’on doit décider pour  eux et quasiment sans eux ce qu’on en fait, qu’est ce qu’ils deviennent ou ce qui leur convient !

Le Parc National de Kahuzi Biega, devenu un patrimoine commun de l’humanité, avait été laissé, jusqu’à ce jour, à la gestion de l’Institut  Congolais de la Conservation de la Nature (ICCN). Il est par conséquent sous le regard protecteur de la communauté internationale en vue de sécuriser sa biodiversité  et toute sa richesse.

Et les Pygmées, peuple autochtone du Sud-Kivu, vivant dans et de la foret  depuis des siècles s’en étaient vus expulsés en exécution de ce décret et privés brusquement de leur milieu de vie, de la chasse et de la cueillette dont ils vivaient essentiellement.

Depuis lors, ils sont à la recherche d’un espace et d’un environnement où en tant que communauté ils peuvent se réaliser, s’épanouir, se mouvoir librement et mener une vie normale.

2. L’expulsion, un acte aux conséquences parfois sous estimées !

Chassés du PNKB, les Pygmées ont dû se réfugier aux alentours sur  des terres que se réclament des communautés des Bashi en grande partie originaires des territoires de Kabare et de Kalehe au Sud-Kivu. Des activités dont ils vivaient dans le Parc sont devenues illégales et l’ICCN doit se rassurer par les gardiens du Parc, qui sont armés et qui sont ses agents, que l’interdiction ne souffre d’aucune violation.  Du coup, les Pygmées sont pris en étaux !

D’un coté, ils ne sont pas tolérés par des communautés bantoues qui les considèrent comme des envahisseurs de leurs terres, des destructeurs de leurs récoltes et des voleurs de leurs bêtes ; de l’autre coté l’ICCN qui les considère comme des individus parfois subversifs dont les activités illégales sont de nature à détruire la biodiversité et toute la richesse du Parc National de Kahuzi Biega !

Des affrontements ont, de part et d’autre, dans le temps et encore aujourd’hui été parfois très sanglants et meurtriers. La haine, la méfiance et les préjugés ont gagné les cœurs et les esprits, le conflit s’est installé et une très mauvaise guerre s’annonce !

3. A la recherche du petit sentier qui conduit à la paix

Depuis des années,  des efforts remarquables vers le chemin de la paix ont été notés mais il nous semble que la porte n’est pas encore trouvée !

Des rencontres de médiation ont en nombre suffisant été réalisées par différents acteurs et ont impliqué à la fois les communautés pygmées, bantous, des autorités locales et des organisations de la société civile mais sans beaucoup de succès ! La Monusco( Mission des Nations Unies au Congo) à travers sa section des affaires civiles a plus d’une fois mis sur la table de médiation des représentants des Pygmées,  des communautés des Bashi, des autorités locales dont le ministère de l’intérieur et les responsables de l’ICCN et l’on a un moment cru respirer des lueurs d’espoirs !

Récemment, en mai 2018, une sorte d’accords avaient été signés et s’étaient inspirés des recommandations issues d’une rencontre faite, un peu avant, à Miti entre les parties prenantes aux conflits et qui entre autres :

  • Exigeait à la chefferie de Kabare d’identifier urgemment des terres à proposer au Gouvernement pour la délocalisation des communautés pygmées
  • De sensibiliser les pygmées à l’auto-prise en charge et ensemble avec les autres communautés à la protection du patrimoine commun de l’humanité qu’est le PNKB.

La Monusco avait  donc tenu à Kavumu des séances de restitution de ces accords aux communautés qui vivent au tour du PNKB.

Dans le même mois, la représentante Générale du secrétaire Générale de l’ONU et à la fois la patronne de la Monusco, Mme Leila Zerrougui avait, à Bukavu, rencontré sur la même  question entre autres des représentants des pygmées. Elle en avait fait le constat que les conflits fonciers sont l’un des problèmes qui perturbent la paix et la cohésion sociale à l’Est de la RDC et elle avait encouragé le dialogue !

4. La goute qui vient de faire déborder la vase !

Le 23 avril dernier à Kalonge,  une équipe des gardiens du PNKB en patrouille y ont au mauvais endroit et au mauvais moment croisé un groupe des pygmées. Il ya eu de la résitance et un gardien du parc a du tiré sur un des pygmées qui n’a pas survécu au tir. Il a rendu l’âme. En riposte à cet acte, la communauté Pygmée, en colère et très révoltée s’est mise à l’assaut et a fait un mort dans le camp des gardiens du parc avec des nombreuses personnes blessées !

Un de staff de SYNIGL s’est rendu sur le lieu pendant que s’achevaient les cérémonies mortuaires du gardien du parc assassiné !

5. Ce qu’il y a à craindre :

Le mal est profond et le risque est grand.

Un staff de SYNIGL sur le lieu à Kalonge, à Bitale, à Mushenyi et à Mubugu a tenu à interroger quelques membres des différentes communautés qui disent tous de plus en plus craindre le pire. Des représentants des Pygmées  rencontrés ici et là sont unanimes que l’incident de Kalonge le touche tous en plein cœur et les attriste où qu’ils soient ! Un d’eux qui a requis l’anonymat disait tristement : «  l’ICCN se moque de nous et des gens ici pensent que nous sommes des bêtes à abattre.  Nous sommes prêts désormais à affronter tous nos ennemis, nous récupérerons ce qui nous appartient de droit quelque soit le prix à payer ».

 Un jeune d’une trentaine d’âge disait en agitant la tête « … ils nous ont tout pris et laissé sans rien… et l’on nous a toujours trompé avec de petits dons, de petites maisons exactement comme vous le faites pour vos bêtes. Tout cela, le parc va nous le rendre et l’ICCN comprendra qu’il nous y a rencontré. Ils ont tué un, nous les tuerons tous et personne ne nous chassera plus de notre forêt ».

  • La destruction du parc et de sa biodiversité est en danger. L’environnement ne tardera pas à se dégrader. Dans très peu de temps, le sac de braise a baissé de prix !
  • SYNIGL venait de finir une étude sur la dynamique des groupes armés dans la zone. La recherche a fait comprendre combien la réalité de la discrimination, de la marginalisation et de l’injustice justifiait en même temps les recours aux armes. La fragilité encore de la situation sécuritaire à l’Est fait qu’une telle occasion peut être une opportunité pour les pécheurs en eau trouble à armer qui et quant ils veulent.
  • Entre temps les bantous et les Pygmée sont non seulement en conflit mais ont connu en même temps un métissage. Perdurer la crise, détruire complètement la cohésion sociale et les amener à l’affrontement peut provoquer une véritable guerre aux conséquences incalculables.

Ils auraient convenus quitter le Parc d’ici le 12 juin 2019. Mais un d’eux disait : « … on verra qui nous forcera de quitter ».

SYNIGL lance un cri d’alarme et est préoccupée par cette situation qu’elle va étudier minutieusement. Elle demande à l’autorité et à tous les acteurs qui œuvrent pour la Paix et la cohésion sociale de se pencher sans complaisance sur ce conflit très dangereux et qui a trop duré.  Il faut une étude minutieuse et un processus participatif, inclusif d’un dialogue capable de faire monter à la surface les causes profondes de ce conflit et d’offrir des pistes de solutions durables. Il n’est pas normal que la vie des êtres humains et l’environnement où ils se meuvent continuent à souffrir et à être détruits sans raisons des situations auxquelles des réponses sont pourtant trouvables !